רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: נוֹתֵן לוֹ דְּמֵי צַמְרוֹ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם הַשֶּׁבַח יָתֵר עַל הַיְּצִיאָה — נוֹתֵן לוֹ אֶת הַיְּצִיאָה, וְאִם הַיְּצִיאָה יְתֵירָה עַל הַשֶּׁבַח — נוֹתֵן לוֹ אֶת הַשֶּׁבַח.
Rabbi Meir dit : Le teinturier donne au propriétaire de la laine la valeur de sa laine. Puisque le teinturier s’est écarté de la volonté du propriétaire, il est considéré comme semblable à un voleur qui acquiert l’objet volé en le modifiant. Par conséquent, comme un voleur, il garde l’objet modifié et paie au propriétaire sa valeur initiale. Rabbi Yehuda dit : Le teinturier n’acquiert pas la laine ; au contraire, le propriétaire de la laine doit rembourser au teinturier ses dépenses, sans subir lui-même de perte. Si la valeur de l’amélioration, c’est-à-dire la valeur accrue de la laine, dépasse les dépenses du teinturier, le propriétaire de la laine donne au teinturier les dépenses. Et si les dépenses dépassent l’amélioration, il lui donne la valeur de l’amélioration.
אַהְדְּרִינְהוּ רַב יוֹסֵף לְאַפֵּיהּ. בִּשְׁלָמָא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה אִיצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַּעְתָּךְ אָמֵינָא: יָחִיד וְרַבִּים הֲלָכָה כְּרַבִּים, קָא מַשְׁמַע לַן הֲלָכָה כְּיָחִיד.
Rav Yosef détourna son visage pour montrer son mécontentement face au commentaire de Rav Huna. La Guemara explique pourquoi Rav Yosef était mécontent : Certes, sa décision selon laquelle la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehoshua ben Korḥa était nécessaire, car il aurait pu vous venir à l’esprit de dire que, puisqu’il s’agit d’un différend entre un individu et la majorité, la halakha devrait être conforme à l’opinion de la majorité, et non conforme à celle de Rabbi Yehoshua ben Korḥa. Rav Huna nous enseigne donc que, dans ce cas, la halakha est conforme à Rabbi Yehoshua ben Korḥa malgré le fait qu’il soit un individu.
אֶלָּא הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוּדָה לְמָה לִי? פְּשִׁיטָא, דְּמַחְלוֹקֶת וְאַחַר כָּךְ סְתָם — הִלְכְתָא כִּסְתָם.
Mais pourquoi ai-je besoin de l’énoncé selon lequel la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda ? Il est évident que c’est le cas, car il existe un principe bien connu selon lequel chaque fois qu’il y a un différend dans une michna et qu’ensuite une opinion est présentée comme la décision d’une michna non attribuée, c’est-à-dire sans attribution à un Sage particulier ni indication que la décision fait l’objet d’un débat, la halakha est conforme à l’opinion présentée dans la michna non attribuée.
מַחְלוֹקֶת בְּבָבָא קַמָּא, וּסְתָם בְּבָבָא מְצִיעָא, דִּתְנַן: כׇּל הַמְשַׁנֶּה — יָדוֹ עַל הַתַּחְתּוֹנָה, וְכׇל הַחוֹזֵר בּוֹ — יָדוֹ עַל הַתַּחְתּוֹנָה.
La Guemara ajoute qu’ici la décision de la michna non attribuée apparaît après la controverse, car la controverse entre Rabbi Yehuda et Rabbi Meir apparaît dans le traité Bava Kamma, et la michna non attribuée apparaît dans Bava Metzia, qui est le traité suivant dans l’ordre de la Michna. Comme nous l’avons appris dans une michna (Bava Metzia 76a) : Quiconque modifie les termes acceptés par les deux parties est désavantagé, et quiconque se rétracte d’un accord est désavantagé. Cette affirmation est conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda, qui soutient qu’un artisan qui s’écarte de sa mission est désavantagé, car il ne reçoit que la dépense ou la plus-value, selon ce qui a la moindre valeur.
וְרַב הוּנָא? מִשּׁוּם דְּאֵין סֵדֶר לַמִּשְׁנָה, דְּאִיכָּא לְמֵימַר סְתָם תְּנָא בְּרֵישָׁא, וְאַחַר כָּךְ מַחְלוֹקֶת. אִי הָכִי, כֹּל מַחְלוֹקֶת וְאַחַר כָּךְ סְתָם — לֵימָא אֵין סֵדֶר לַמִּשְׁנָה!
La Guemara demande : Et pourquoi Rav Houna a-t-il jugé nécessaire d’indiquer explicitement que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehouda ? Cela était nécessaire parce que Rav Houna soutient que la Michna n’est pas séquentielle, et il n’est donc pas clair que la michna dans Bava Kamma précède la michna dans Bava Metzia. Par conséquent, on peut dire qu’en réalité il s’agit d’un cas de michna non attribuée qui est enseignée d’abord, puis ce n’est qu’ensuite qu’apparaît la controverse entre Rabbi Yehouda et Rabbi Meïr. La Guemara objecte : Si tel est le cas, si la Michna n’est pas séquentielle, alors dans tout cas de controverse suivie ensuite d’une michna non attribuée, disons que la Michna n’est pas séquentielle.
וְרַב הוּנָא? כִּי לָא אָמְרִינַן אֵין סֵדֶר — בַּחֲדָא מַסֶּכְתָּא, בִּתְרֵי מַסְּכָתֵי אָמְרִינַן. וְרַב יוֹסֵף: כּוּלָּהּ נְזִיקִין חֲדָא מַסֶּכְתָּא הִיא.
La Guemara explique : Et Rav Houna ? Comment répondrait-il à cette affirmation ? Il dirait : Quand ne disons-nous pas que la Michna est non séquentielle ? La Michna est considérée comme séquentielle lorsque les deux mishnayot apparaissent dans un seul traité, mais lorsqu’elles se trouvent dans deux traités différents, nous disons que la Michna n’est pas séquentielle, et il n’est pas clair laquelle a été enseignée en dernier. Par conséquent, dans ce cas, puisque chaque michna se trouve dans un traité différent, l’une dans Bava Kamma et l’autre dans Bava Metzia, on ne peut pas dire avec certitude laquelle a été enseignée en premier. Et comment Rav Yossef répondrait-il ? Il dirait : Tout le traité Nezikin, c’est-à-dire Bava Kamma, Bava Metzia et Bava Batra, est considéré comme un seul traité, et par conséquent son ordre interne des mishnayot est séquentiel.
וְאִי בָּעֵית אֵימָא, מִשּׁוּם דְּקָתָנֵי לַהּ גַּבֵּי הִלְכָתָא פְּסִיקָתָא: כׇּל הַמְשַׁנֶּה — יָדוֹ עַל הַתַּחְתּוֹנָה, וְכׇל הַחוֹזֵר בּוֹ — יָדוֹ עַל הַתַּחְתּוֹנָה.
Et si tu le souhaites, dis plutôt que Rav Yosef soutenait qu’il n’était pas nécessaire de dire que la halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda, parce que sa décision est enseignée parmi d’autres halakhot tranchées : Quiconque modifie les termes acceptés par les deux parties est désavantagé, et quiconque se rétracte d’un accord est désavantagé, c’est-à-dire que cette déclaration n’est pas liée au sujet du chapitre dans lequel elle apparaît. Par conséquent, il s’agit manifestement de la halakha acceptée et, par conséquent, la déclaration de Rav Huna était inutile.
תָּנוּ רַבָּנַן: לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ ״הֲנִרְאֶה שֶׁתַּעֲמוֹד עִמִּי לָעֶרֶב״. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה אוֹמֵר: אוֹמֵר אָדָם לַחֲבֵירוֹ ״הֲנִרְאֶה שֶׁתַּעֲמוֹד עִמִּי לָעֶרֶב״. אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה.
§ La Guemara traite d’autres halakhot qui sont conformes à l’opinion de Rabbi Yehoshua ben Korḥa. Les Sages ont enseigné : Une personne ne peut pas dire à une autre pendant Chabbat : Est-ce qu’il semble que tu te joindras à moi ce soir ? Cela est interdit, car celui qui parle laisse entendre qu’il aimerait l’embaucher pour un travail après la fin de Chabbat. Rabbi Yehoshua ben Korḥa dit : Une personne peut dire à une autre pendant Chabbat : Est-ce qu’il semble que tu te joindras à moi ce soir ? Dans ce cas, il ne le lui demande pas explicitement. Rabba bar bar Ḥana dit que Rabbi Yoḥanan dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehoshua ben Korḥa.
תָּנוּ רַבָּנַן: הַנִּשְׁאָל לְחָכָם וְטִימֵּא — לֹא יִשָּׁאֵל לְחָכָם וִיטַהֵר, לְחָכָם וְאָסַר — לֹא יִשָּׁאֵל לְחָכָם וְיַתִּיר.
Les Sages ont enseigné : Dans le cas de quelqu’un qui pose une question à un Sage au sujet d’une question d’impureté rituelle et que le Sage statue que l’objet est impur, il ne peut pas poser la même question à un autre Sage et lui faire statuer qu’il est pur. De même, dans le cas de quelqu’un qui pose à un Sage une question halakhique et qu’il la juge interdite, il ne peut pas poser la question à un autre Sage et lui faire la juger permise.
הָיוּ שְׁנַיִם, אֶחָד מְטַמֵּא וְאֶחָד מְטַהֵר, אֶחָד אוֹסֵר וְאֶחָד מַתִּיר, אִם הָיָה אֶחָד מֵהֶם גָּדוֹל מֵחֲבֵירוֹ בְּחָכְמָה וּבְמִנְיָן — הַלֵּךְ אַחֲרָיו, וְאִם לָאו — הַלֵּךְ אַחַר הַמַּחְמִיר. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה אוֹמֵר: בְּשֶׁל תּוֹרָה הַלֵּךְ אַחַר הַמַּחְמִיר, בְּשֶׁל סוֹפְרִים הַלֵּךְ אַחַר הַמֵּיקֵל. אָמַר רַב יוֹסֵף: הִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה.
Dans une situation où il y avait deux Sages assis ensemble et l’un considère un objet impur et l’autre le considère pur, ou si l’un considère qu’il est interdit et l’autre le considère permis, celui qui pose la question doit procéder comme suit : Si l’un des Sages était supérieur à l’autre en sagesse et en nombre, il faut suivre sa décision, et sinon, il faut suivre celui qui statue avec rigueur. Rabbi Yehoshua ben Korḥa dit : Si le doute existe à l’égard d’une loi de la Torah, suis celui qui statue avec rigueur ; s’il existe à l’égard d’une loi rabbinique, suis celui qui statue avec indulgence. Rav Yosef a dit : La halakha est conforme à l’opinion de Rabbi Yehoshua ben Korḥa.
תָּנוּ רַבָּנַן: וְכוּלָּן שֶׁחָזְרוּ בָּהֶן — אֵין מְקַבְּלִין אוֹתָן עוֹלָמִית, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חָזְרוּ בָּהֶן בְּמַטְמוֹנִיּוֹת — אֵין מְקַבְּלִין אוֹתָן, בְּפַרְהֶסְיָא — מְקַבְּלִין אוֹתָן. אִיכָּא דְּאָמְרִי: עָשׂוּ דִּבְרֵיהֶם בְּמַטְמוֹנִיּוֹת — מְקַבְּלִין אוֹתָן,
Les Sages ont enseigné : Et en ce qui concerne toutes les personnes qui ne sont pas jugées dignes de confiance en raison des péchés qu’elles ont commis, même lorsqu’elles se rétractent et se repentent de leurs mauvaises voies, la société ne les accepte jamais ; telle est la déclaration de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : Si elles se rétractent de leurs voies en privé, la société ne les accepte pas, mais si elles se repentent en public [befarheseya], la société les accepte. Il y en a qui disent qu’il existe une autre version de cette discussion : Si elles ont accompli leurs actes fautifs en privé, alors, lorsqu’elles se repentent, la société les accepte.