וְרַב סָבַר: סוֹף סוֹף לַבְּעָלִים מִי קָהָדְרָא? לְכֹהֲנִים הוּא דְּנָפְקָא, וְכֹהֲנִים מִשּׁוּלְחַן גָּבוֹהַּ קָא זָכוּ!
Et Rav soutient : Même conformément à l’opinion de Rabbi Shimon, on ne peut tirer aucune inférence a fortiori, car en fin de compte, est-ce que le champ retourne à son propriétaire pendant l’année du Jubilé ? Il n’y retourne pas ; au contraire, il sort de la possession du trésor du Temple et est donné aux prêtres. Par conséquent, il n’y a aucun fondement pour une inférence a fortiori, car un champ consacré avant l’année du Jubilé ne retourne pas à son propriétaire pendant l’année du Jubilé, et les prêtres reçoivent leur part de la table du Très-Haut.
מַאי טַעְמָא דְּרַב? דְּאָמַר קְרָא ״וְאִם מִשְּׁנַת הַיּוֹבֵל״, וּשְׁנַת הַיּוֹבֵל בַּכְּלָל.
La Guemara demande : Quelle est la raison de l’opinion de Rav selon laquelle la consécration d’un champ pendant l’Année du Jubilé est valable et que le champ doit être racheté au prix plein de cinquante sela par beit kor ? Comme le verset l’énonce : « Si l’on consacre son champ à partir de l’Année du Jubilé, selon ton estimation, il sera maintenu » (Lévitique 27:17). Le verset indique qu’un champ est racheté selon l’estimation mentionnée dans le verset précédent, c’est-à-dire cinquante sela par beit kor, et l’Année du Jubilé elle-même est incluse dans cette halakha, puisque le verset décrit une période qui commence « à partir de l’Année du Jubilé », ce qui peut être compris comme incluant l’Année du Jubilé elle-même.
וּשְׁמוּאֵל, מִי כְּתִיב ״וְאִם בִּשְׁנַת הַיּוֹבֵל״? ״מִשְּׁנַת הַיּוֹבֵל״ כְּתִיב — מִשָּׁנָה שֶׁאַחַר הַיּוֹבֵל.
La Guemara demande : Et comment Shmuel réfute-t-il cette affirmation ? La Guemara explique que Shmuel répondrait : Est-il écrit dans le verset : Si il consacre son champ pendant l’Année du Jubilé ? Non ; au contraire : « Depuis l’Année du Jubilé », est-il écrit, ce qui indique que le verset parle d’une consécration qui commence à partir de l’année qui suit l’Année du Jubilé.
בִּשְׁלָמָא לְרַב, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״אִם מִשְּׁנַת הַיּוֹבֵל״ ״וְאִם אַחַר הַיּוֹבֵל״, אֶלָּא לִשְׁמוּאֵל, מַאי ״אַחַר הַיּוֹבֵל״? אַחַר אַחַר.
La Guemara demande : Soit, selon Rav, tel est le sens de ce qui est écrit dans le verset : « Si quelqu’un consacre son champ à partir de l’Année du Jubilé, selon ton estimation, elle sera maintenue. Mais si quelqu’un consacre son champ après le Jubilé, alors le prêtre lui calculera la somme d’argent selon les années qui restent jusqu’à l’Année du Jubilé, et une déduction sera faite de ton estimation » (Lévitique 27:17–18). Selon l’interprétation de Rav, le second verset se réfère à l’année immédiatement après l’Année du Jubilé. Mais selon Shmuel, qui soutient que le premier verset traite de l’année suivant l’Année du Jubilé, à quoi le verset se réfère-t-il lorsqu’il parle de l’année « après le Jubilé » ? La Guemara répond : Il se réfère à l’année après l’année après l’Année du Jubilé.
מֵיתִיבִי: מַקְדִּישִׁין בֵּין לִפְנֵי הַיּוֹבֵל בֵּין לְאַחַר הַיּוֹבֵל, וּבִשְׁנַת הַיּוֹבֵל עַצְמָהּ לֹא יַקְדִּישׁ, וְאִם הִקְדִּישׁ — אֵינָהּ קְדוֹשָׁה! אָמַר לְךָ רַב: אֵינָהּ קְדוֹשָׁה בְּגֵירוּעַ, אֲבָל קְדוֹשָׁה וְנוֹתְנִין חֲמִשִּׁים.
La Guemara soulève une objection à l’opinion de Rav à partir de la baraita susmentionnée : On peut consacrer un champ ancestral aussi bien avant l’année du Jubilé qu’après l’année du Jubilé. Mais pendant l’année du Jubilé elle-même, on ne peut pas le consacrer, et si malgré cela il l’a consacré, ce champ n’est pas consacré. La Guemara explique : Rav pourrait te dire : La baraita signifie qu’il n’est pas consacré afin d’être racheté avec une déduction. Mais néanmoins il est consacré, et l’on donne le prix total de cinquante sela par beit kor pour son rachat.
מִכְּלָל דְּלִפְנֵי הַיּוֹבֵל קְדוֹשָׁה לִיגָּאֵל בְּגֵירוּעַ, וְהָא רַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: אֵין מַקְדִּישִׁין לִיגָּאֵל בְּגֵירוּעַ פָּחוֹת מִשְׁתֵּי שָׁנִים!
La Guemara objecte : On peut conclure par inférence de cette réponse que, selon Rav, lorsque la baraita déclare qu’un champ peut être consacré avant l’année du Jubilé, cela signifie qu’il est consacré pour être racheté avec une déduction. Mais n’a-t-il pas été dit que Rav et Shmuel disent tous deux qu’on ne peut pas consacrer un champ ancestral pour être racheté avec une déduction moins de deux ans avant l’année du Jubilé, mais qu’il est plutôt racheté selon l’évaluation totale du champ ? Si tel est le cas, Rav n’aurait pas pu répondre comme cela a été suggéré ci-dessus.
אָמַר לְךָ רַב: הָא מַנִּי? רַבָּנַן הִיא, וַאֲנָא דְּאָמְרִי כְּרַבִּי, דְּאָמַר: ״רִאשׁוֹן״ וְרִאשׁוֹן בַּכְּלָל, ״שְׁבִיעִי״ וּשְׁבִיעִי בַּכְּלָל; הָכָא נָמֵי ״בִּשְׁנַת״ וּשְׁנַת הַיּוֹבֵל בַּכְּלָל.
Au contraire, Rav pourrait te dire : Selon l’opinion de qui cette baraita est-elle ? Elle est conforme à l’opinion des Sages, qui soutiennent que chaque fois que le verset emploie une expression telle que : à partir du premier jour, le premier jour lui-même n’est pas inclus. En conséquence, lorsque le verset déclare : « S’il consacre son champ à partir de l’Année du Jubilé », l’Année du Jubilé n’est pas incluse. Mais moi, j’ai énoncé ma décision selon laquelle un champ peut être consacré pendant l’Année du Jubilé conformément à l’opinion de Rabbi Yehuda HaNasi, qui dit : Le verset déclare : « Quiconque mange du pain levé du premier jour jusqu’au septième jour, cette âme sera retranchée d’Israël » (Exode 12:15). Il est dit : « Du premier jour », et le premier jour est inclus, et cela continue : « Jusqu’au septième jour », et le septième jour est lui aussi inclus. Ici aussi, le verset déclare : « S’il consacre son champ à partir de l’Année du Jubilé », et l’Année du Jubilé est incluse.
אִי כְּרַבִּי, פּוּנְדְּיוֹן מַאי עֲבִידְתֵּיהּ?
La michna (25a) enseigne que lorsqu’une personne rachète un champ ancestral, elle donne un sela et un pundeyon, ce qui équivaut à un quarante-huitième de sela, par beit kor pour chaque année restante jusqu’à l’année du Jubilé. Ce montant est proche d’un quarante-neuvième de l’évaluation totale de cinquante sela, et il n’y a pas de divergences tannaïtiques concernant cette michna. La Guemara demande donc : Si Rav soutient conformément à l’opinion de Rabbi Yehuda HaNasi, selon laquelle on peut consacrer un champ ancestral pendant l’année du Jubilé, quel est le but du pundeyon supplémentaire que l’on donne pour chaque année restante jusqu’au Jubilé ? Si l’année du Jubilé elle-même est incluse dans le calcul, le prix total de cinquante sela devrait être divisé également, c’est-à-dire qu’un sela devrait être payé pour chaque année restante des cinquante années.
וְכִי תֵּימָא לֵית לֵיהּ, וְהָתְנַן: הִקְדִּישׁ שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים לִפְנֵי הַיּוֹבֵל, רַבִּי אוֹמֵר: אוֹמֵר אֲנִי נוֹתֵן סֶלַע וּפוּנְדְּיוֹן, רַבִּי כְּרַבִּי יְהוּדָה סְבִירָא לֵיהּ, דְּאָמַר: ״שְׁנַת חֲמִשִּׁים עוֹלָה לְכָאן וּלְכָאן״.
Et si tu disais que Rabbi Yehuda HaNasi n’exige pas l’ajout d’un pundeyon pour chaque année restante, cela est difficile : Mais n’avons-nous pas appris dans une baraita : Si quelqu’un a consacré le champ deux ou trois ans avant l’année du Jubilé, Rabbi Yehuda HaNasi dit : Je dis qu’il donne un sela et un pundeyon par année ? La Guemara répond : Rabbi Yehuda HaNasi soutient conformément à l’opinion de Rabbi Yehuda, qui dit que la cinquantième année est comptée à la fois pour ce cycle et pour cet autre, c’est-à-dire qu’il maintient que l’année du Jubilé est également considérée comme la première année du cycle suivant. En conséquence, il n’y a en réalité que quarante-neuf ans dans un cycle de Jubilé, et l’évaluation totale d’un champ est donc divisée en quarante-neuf parts, ce qui donne un sela et un pundeyon pour chaque année.
לִשְׁמוּאֵל, לֵימָא רַבִּי כְּרַבָּנַן סְבִירָא לֵיהּ, דְּאִי כְּרַבִּי יְהוּדָה — סֶלַע וּשְׁתֵּי פוּנְדְּיוֹנוֹת מִיבְּעֵי לֵיהּ! עַל כׇּרְחָךְ לִשְׁמוּאֵל, רַבִּי כְּרַבָּנַן סְבִירָא לֵיהּ.
La Guemara objecte : Selon Shmuel, qui soutient que Rabbi Yehuda HaNasi concède qu’un champ ancestral ne peut pas être consacré pendant l’Année du Jubilé, qu’il dise que Rabbi Yehuda HaNasi soutient conformément à l’opinion des Sages, qui sont en désaccord avec Rabbi Yehuda et soutiennent que la cinquantième année n’est pas comptée comme la première année du cycle suivant. Car si il soutient conformément à l’opinion de Rabbi Yehuda, alors il devrait exiger que l’on paie un sela et deux pundeyon, c’est-à-dire un quarante-huitième de l’évaluation totale d’un champ, par an, puisqu’il n’y a que quarante-huit années pendant lesquelles on peut consacrer un champ. La Guemara explique : C’est effectivement le cas. Nécessairement, selon Shmuel, Rabbi Yehuda HaNasi soutient conformément à l’opinion des Sages.
תָּא שְׁמַע: ״וְלֹא גּוֹאֲלִין אַחַר הַיּוֹבֵל פָּחוֹת מִשָּׁנָה״. בִּשְׁלָמָא לִשְׁמוּאֵל — ״לֹא גּוֹאֲלִין לְאַחַר יוֹבֵל פָּחוֹת מִשָּׁנָה״, אֶלָּא לְרַב — מַאי ״אַחַר יוֹבֵל שָׁנָה״?
La Guemara suggère : Viens et écoute une preuve en faveur de l’opinion de Shmuel à partir de la michna : On ne peut pas non plus racheter un champ ancestral qui a été consacré moins d’un an après l’année du Jubilé. Soit, selon Shmuel, qui dit qu’on ne peut pas consacrer un champ ancestral pendant l’année du Jubilé elle-même, et que, par conséquent, si un champ a été consacré pendant l’année du Jubilé, il ne nécessite aucun rachat, la michna enseigne que l’on ne peut pas racheter un champ moins d’un an après le Jubilé, c’est-à-dire jusqu’à l’année suivant le Jubilé, puisqu’il ne peut pas être consacré avant cela. Mais selon Rav, qui soutient qu’un champ peut être consacré et racheté pendant l’année du Jubilé elle-même, que veut dire la michna lorsqu’elle affirme qu’on ne peut pas racheter un champ moins d’un an après le Jubilé ?
מִי סָבְרַתְּ אַחַר יוֹבֵל מַמָּשׁ? מַאי ״אַחַר יוֹבֵל״?
La Guemara répond : Soutiens-tu que la michna fait référence à l’année réelle après l’année du Jubilé ? Ce n’est pas le cas ; plutôt, à quoi l’expression : Après l’année du Jubilé, fait-elle réellement référence ?