״אַל תֵּצֵאוּ״ וַיֵּצְאוּ, ״אַל תּוֹתִירוּ״ וַיּוֹתִירוּ.
Ne sortez pas, comme l’indique le verset : « Et Moïse dit : Mangez-le aujourd’hui, car aujourd’hui est un sabbat pour le Seigneur ; aujourd’hui vous n’en trouverez pas dans le champ » (Exode 16:25). Mais, néanmoins, il y eut des gens qui sortirent pour chercher la manne, comme il est écrit : « Et il arriva, le septième jour, que certains du peuple sortirent pour en ramasser, et ils n’en trouvèrent point » (Exode 16:27). Le verset dit aussi : « Et Moïse leur dit : Que personne n’en laisse jusqu’au matin » (Exode 16:19), et il y eut des gens qui en laissèrent jusqu’au matin, comme il est dit : « Mais ils n’écoutèrent pas Moïse ; et certains d’entre eux en laissèrent jusqu’au matin, et cela produisit des vers et pourrit ; et Moïse se mit en colère contre eux » (Exode 16:20).
שְׁנַיִם בַּשְּׂלָיו [בִּשְׂלָיו] — רִאשׁוֹן וּבִשְׂלָיו שֵׁנִי. בִּשְׂלָיו רִאשׁוֹן — ״בְּשִׁבְתְּכֶם עַל סִיר הַבָּשָׂר״.
La Guemara poursuit son élucidation de la baraita : Il y eut deux épreuves liées aux cailles ; l’une eut lieu lors de la première apparition de la caille, et l’autre lors de la seconde apparition de la caille. La Guemara précise : L’épreuve de la première caille est décrite dans le verset : « Et les enfants d’Israël leur dirent : Si seulement nous étions morts de la main du Seigneur au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ; car vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette assemblée » (Exode 16:3). Immédiatement après, la caille arriva, comme le dit le verset : « Et il arriva, le soir, que les cailles montèrent et couvrirent le camp ; et le matin, il y avait une couche de rosée autour du camp » (Exode 16:13).
בִּשְׂלָיו שֵׁנִי — ״וְהָאסַפְסֻף אֲשֶׁר בְּקִרְבּוֹ״.
La deuxième épreuve des cailles est décrite dans le verset : « Et la multitude mêlée qui était parmi eux fut prise de convoitise ; et les enfants d’Israël aussi se remirent à pleurer et dirent : Qui nous donnera de la viande à manger ? » (Nombres 11:4). Plus loin, le verset déclare : « Alors un vent partit de la part du Seigneur, apporta des cailles de la mer et les fit tomber près du camp, à environ une journée de marche de ce côté-ci et une journée de marche de l’autre côté, tout autour du camp, et à environ deux coudées au-dessus de la surface de la terre » (Nombres 11:31).
בָּעֵגֶל — כִּדְאִיתֵיהּ, בְּמִדְבַּר פָּארָן — כִּדְאִיתֵיהּ.
La Guemara conclut son exposé détaillé des dix épreuves par lesquelles le peuple juif mit Dieu à l’épreuve : l’épreuve du veau d’or est comme elle est décrite dans la Torah (Exode, chapitre 32), et l’épreuve dans le désert de Paran est comme elle est décrite dans la Torah (Nombres, chapitre 13).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא: מַאי דִּכְתִיב ״מַה יִּתֵּן לְךָ וּמַה יֹּסִיף לָךְ לָשׁוֹן רְמִיָּה״? אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לַלָּשׁוֹן: כׇּל אֵבָרָיו שֶׁל אָדָם זְקוּפִים וְאַתָּה מוּטָל, כׇּל אֵבָרָיו שֶׁל אָדָם מִבַּחוּץ וְאַתָּה מִבִּפְנִים, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁהִקַּפְתִּי לְךָ שְׁתֵּי חוֹמוֹת, אַחַת שֶׁל עֶצֶם וְאַחַת שֶׁל בָּשָׂר, ״מַה יִּתֵּן לְךָ וּמַה יֹּסִיף לָךְ לָשׁוֹן רְמִיָּה״?
§ La Guemara revient au sujet de la parole malveillante. Rabbi Yoḥanan dit au nom de Rabbi Yosei ben Zimra : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Que te sera-t-il donné, et que te sera-t-il ajouté, langue trompeuse » (Psaumes 120:3) ? Le Saint, béni soit-Il, dit à la langue : Tous les autres membres d’une personne sont droits, mais toi, tu es couchée horizontalement. Tous les autres membres d’une personne sont externes, mais toi, tu es interne. Et de plus, Je t’ai entourée de deux murailles, l’une d’os, c’est-à-dire les dents, et l’une de chair, les lèvres. Que te sera-t-il donné et que te sera-t-il ajouté, pour empêcher que tu parles de manière trompeuse, langue ?
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע כְּאִילּוּ כָּפַר בָּעִיקָּר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֲשֶׁר אָמְרוּ לִלְשֹׁנֵנוּ נַגְבִּיר שְׂפָתֵינוּ אִתָּנוּ מִי אָדוֹן לָנוּ״.
De plus, Rabbi Yoḥanan dit au nom de Rabbi Yosei ben Zimra : quiconque tient des propos malveillants est considéré comme s’il avait nié le principe fondamental de la foi en Dieu. Comme il est dit : « Ceux qui ont dit : Nous rendrons notre langue puissante ; nos lèvres sont avec nous : qui est seigneur sur nous ? » (Psaumes 12:5).
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן זִימְרָא: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע, נְגָעִים בָּאִים עָלָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְלׇשְׁנִי בַסֵּתֶר רֵעֵהוּ אוֹתוֹ אַצְמִית״, וּכְתִיב הָתָם: ״לַצְּמִיתֻת״, וּמְתַרְגְּמִינַן: לַחֲלוּטִין.
Et Rabbi Yosei ben Zimra dit : Quiconque profère une parole malveillante sera frappé par des marques lépreuses venant sur lui, comme il est dit : « Celui qui diffame son prochain en secret, je le détruirai [atzmit] ; celui qui a le regard hautain et le cœur orgueilleux, je ne le supporterai pas » (Psaumes 101:5). Et il est écrit là-bas : « Et la terre ne sera pas vendue à perpétuité [letzmitut] ; car la terre est à Moi ; car vous êtes des étrangers et des résidents avec Moi » (Lévitique 25:23). Et nous traduisons ce terme letzmitut par laḥalutin, à perpétuité ou de manière définitive.
וּתְנַן: אֵין בֵּין מְצוֹרָע מוּסְגָּר לִמְצוֹרָע מוּחְלָט אֶלָּא פְּרִיעָה וּפְרִימָה.
Rabbi Yosei ben Zimra poursuit : Et nous avons appris dans une michna (Megilla 8b) : La différence entre un lépreux mis en quarantaine, c’est-à-dire une personne examinée par un prêtre qui a jugé ses symptômes non concluants, et qui doit donc rester isolée pendant une période pouvant aller jusqu’à deux semaines afin de voir si des symptômes concluants apparaissent, et un lépreux confirmé [muḥlat], une personne dont les symptômes étaient concluants et que le prêtre a déclarée définitivement lépreuse, n’est que concernant le fait de laisser pousser les cheveux de sa tête en désordre et de déchirer ses vêtements. Un lépreux confirmé est tenu de laisser pousser les cheveux de sa tête en désordre et de déchirer ses vêtements ; un lépreux mis en quarantaine ne l’est pas. La similitude des termes enseigne que celui qui tient des propos malveillants sera frappé de marques de lèpre.
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִּכְתִיב ״זֹאת תִּהְיֶה תּוֹרַת הַמְּצוֹרָע״? זֹאת תִּהְיֶה תּוֹרָתוֹ שֶׁל מוֹצִיא שֵׁם רַע.
Reish Lakish dit : Que signifie ce qui est écrit : « Telle sera la Torah du lépreux [metzora] au jour de sa purification : il sera amené au prêtre » (Lévitique 14:2) ? Cela signifie que telle sera la Torah d’un diffamateur [motzi shem ra].
וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מַאי דִּכְתִיב ״אִם יִשֹּׁךְ הַנָּחָשׁ בְּלֹא לָחַשׁ וְאֵין יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן״? לֶעָתִיד לָבֹא מִתְקַבְּצוֹת כׇּל הַחַיּוֹת וּבָאוֹת אֵצֶל נָחָשׁ, וְאוֹמְרוֹת: אֲרִי דּוֹרֵס וְאוֹכֵל, זְאֵב טוֹרֵף וְאוֹכֵל, אַתָּה מָה הֲנָאָה יֵשׁ לְךָ? אוֹמֵר לָהֶם: וְכִי מָה יִתְרוֹן לְבַעַל הַלָּשׁוֹן?
Et Reish Lakish dit : Quel est le sens de ce qui est écrit : « Si le serpent mord avant d’être charmé, alors quel avantage y a-t-il pour le maître de la langue » (Ecclésiaste 10:11). Quel est le lien entre le serpent et le maître de la langue ? À l’avenir, tous les animaux se rassembleront, viendront vers le serpent et lui diront : Un lion piétine avec ses pattes pour tuer sa proie et mange ; un loup déchire avec ses dents pour tuer sa proie et mange. Mais toi, quel bénéfice as-tu lorsque tu mords, puisque tu ne peux pas manger chaque animal que tu tues ? Le serpent leur dira : Et quel est le bénéfice pour le maître de la langue qui tient des propos malveillants ?
וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע מַגְדִּיל עֲוֹנוֹת עַד לַשָּׁמַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שַׁתּוּ בַשָּׁמַיִם פִּיהֶם וּלְשׁוֹנָם תִּהֲלַךְ בָּאָרֶץ״.
Et Reish Lakish dit : Quiconque tient des propos malveillants augmente ses péchés jusqu’aux cieux, comme il est dit : « Ils ont placé leur bouche contre les cieux, et leur langue parcourt la terre » (Psaumes 73:9). En d’autres termes, tandis que sa langue marche sur la terre, son péché atteint les cieux.
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עוּקְבָא: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע רָאוּי לְסוֹקְלוֹ בְּאֶבֶן, כְּתִיב הָכָא ״אוֹתוֹ אַצְמִית״, וּכְתִיב הָתָם ״צָמְתוּ בַבּוֹר חַיָּי וַיַּדּוּ אֶבֶן בִּי״.
Rav Ḥisda dit que Mar Ukva dit : Quiconque tient des propos malveillants, il est approprié de le lapider avec des pierres. Il est écrit ici : « Celui qui diffame son prochain en secret, je le détruirai [atzmit] » (Psaumes 101:5), et il est écrit là-bas : « Ils ont détruit [tzamtu] ma vie dans la fosse, et ont jeté des pierres sur moi » (Lamentations 3:53).
וְאָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עוּקְבָא: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע, אֹמֵר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֵין אֲנִי וְהוּא יְכוֹלִין לָדוּר בָּעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְלׇשְׁנִי בַסֵּתֶר רֵעֵהוּ אוֹתוֹ אַצְמִית גְּבַהּ עֵינַיִם וּרְחַב לֵבָב אֹתוֹ לֹא אוּכָל״, אַל תִּיקְרֵי ״אוֹתוֹ לֹא אוּכָל״ אֶלָּא ״אִתּוֹ לֹא אוּכָל״, וְאִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ עַל גַּסֵּי הָרוּחַ.
Et Rav Ḥisda dit que Mar Ukva dit : En ce qui concerne quiconque tient des propos malveillants, le Saint, béni soit-Il, dit à son sujet : Lui et Moi ne pouvons pas demeurer ensemble dans le monde. Comme il est dit dans le verset : « Celui qui calomnie son prochain en secret, Je le détruirai ; celui qui a le regard hautain et le cœur orgueilleux, Je ne le supporterai pas » (Psaumes 101:5). Ne lis pas l’expression ainsi : « Je ne le supporterai pas [oto] », mais ainsi : Avec lui [ito] Je ne peux pas supporter de demeurer. Dieu dit qu’Il ne peut pas supporter d’avoir cette personne dans le monde avec Lui. Et il y en a qui enseignent cette idée selon laquelle Dieu ne peut tolérer un certain type de personne en référence à l’arrogant, c’est-à-dire qu’ils l’appliquent à la dernière partie du verset : orgueilleux de cœur.
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר מָר עוּקְבָא: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע, אוֹמֵר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְגֵיהִנָּם: אֲנִי עָלָיו מִלְּמַעְלָה וְאַתָּה עָלָיו מִלְּמַטָּה נְדוּנֶנּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חִצֵּי גִבּוֹר שְׁנוּנִים עִם גַּחֲלֵי רְתָמִים״, אֵין חֵץ אֶלָּא לָשׁוֹן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֵץ שָׁחוּט לְשׁוֹנָם מִרְמָה דִבֵּר״.
Rav Ḥisda dit en outre que Mar Ukva dit : En ce qui concerne quiconque tient des propos malveillants, le Saint, béni soit-Il, dit à son sujet à la Géhenne : Moi, je serai au-dessus de lui d’en haut, et toi tu seras au-dessous de lui d’en bas, et ensemble nous le jugerons et le punirons. Comme il est dit : « Les flèches aiguës du puissant, avec des charbons de genêt » (Psaumes 120:4), et le mot « flèche » ne signifie rien d’autre que la langue, comme il est dit : « Leur langue est une flèche aiguisée ; elle profère la tromperie. De sa bouche, on parle paisiblement à son prochain, mais dans son cœur on lui tend une embuscade » (Jérémie 9:7).
וְאֵין גִּבּוֹר אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ כְּגִבּוֹר יֵצֵא״, גַּחֲלֵי רְתָמִים הַיְינוּ גֵּיהִנָּם.
Mar Ukva poursuivit : Et le mot « puissant » dans Psaumes 120:4 ne désigne rien d’autre que le Saint, béni soit-Il, comme il est dit : « Le Seigneur s’avancera comme un homme puissant, Il éveillera Sa jalousie comme un homme de guerre ; Il criera, Il poussera de grands cris, Il se montrera puissant contre Ses ennemis » (Isaïe 42:13). Quant aux charbons du genêt [gaḥalei retamim] qui brûlent longtemps, c’est une allusion à la Géhenne.
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: מָה תַּקָּנָתוֹ שֶׁל מְסַפֵּרי לָשׁוֹן הָרָע? אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא — יַעֲסוֹק בַּתּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מַרְפֵּא לָשׁוֹן עֵץ חַיִּים״, וְאֵין לָשׁוֹן אֶלָּא לָשׁוֹן הָרָע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חֵץ שָׁחוּט לְשׁוֹנָם״, וְאֵין עֵץ אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עֵץ חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ״, וְאִם עַם הָאָרֶץ הוּא יַשְׁפִּיל דַּעְתּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְסֶלֶף בָּהּ שֶׁבֶר (רוח) [בְּרוּחַ]״.
Rabbi Ḥama, fils de Rabbi Ḥanina, dit : Quel est le remède pour ceux qui tiennent des propos malveillants ? S’il est un érudit de la Torah, qu’il étudie la Torah, comme il est dit : « Une langue apaisante est un arbre de vie, mais sa perversité est un esprit brisé » (Proverbes 15:4). Et le mot « langue » ne signifie rien d’autre que des propos malveillants, comme il est dit : « Leur langue est une flèche aiguisée ; elle profère la tromperie » (Jérémie 9:7). Et le mot « arbre » ne signifie rien d’autre que la Torah, comme il est dit : « Elle est un arbre de vie pour ceux qui s’y attachent » (Proverbes 3:18). Et s’il est un ignorant, qu’il rabaisse son esprit, comme il est dit : « Sa perversité est un esprit brisé » (Proverbes 15:4). En d’autres termes, celui qui pervertit sa langue par des propos malveillants doit corriger sa conduite en cultivant un esprit brisé et humble.
רַבִּי אַחָא בְּרַבִּי חֲנִינָא אוֹמֵר: סִיפֵּר אֵין לוֹ תַּקָּנָה, שֶׁכְּבָר כְּרָתוֹ דָּוִד בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַכְרֵת ה׳ כׇּל שִׂפְתֵי חֲלָקוֹת לָשׁוֹן מְדַבֶּרֶת גְּדֹלוֹת״. אֶלָּא מָה תַּקָּנָתוֹ שֶׁלֹּא יָבֹא לִידֵי לָשׁוֹן הָרָע? אִם תַּלְמִיד חָכָם הוּא יַעֲסוֹק בַּתּוֹרָה, וְאִם עַם הָאָרֶץ הוּא יַשְׁפִּיל דַּעְתּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְסֶלֶף בָּהּ שֶׁבֶר (רוח) [בְּרוּחַ]״.
Rabbi Aḥa, fils de Rabbi Ḥanina, dit : Si quelqu’un a déjà prononcé une parole malveillante, il n’a pas de remède, car le roi David, inspiré par l’Esprit divin, l’a déjà retranché par la punition de karet, comme il est dit : « Que le Seigneur retranche [yakhret] toutes les lèvres flatteuses, la langue qui profère de grandes choses » (Psaumes 12:4). Plutôt, quel est son remède au préalable, afin qu’il n’en vienne pas à prononcer une parole malveillante ? S’il est un érudit de Torah, qu’il étudie la Torah ; et s’il est un ignorant, qu’il rabaisse son esprit, comme il est dit : « Une langue apaisante est un arbre de vie, mais sa perversité est un esprit brisé » (Proverbes 15:4). Celui qui est humble n’en viendra pas à dire du mal d’autrui.
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: כׇּל הַמְסַפֵּר לָשׁוֹן הָרָע מַגְדִּיל עֲוֹנוֹת כְּנֶגֶד שָׁלֹשׁ עֲבֵירוֹת, עֲבוֹדָה זָרָה וְגִילּוּי עֲרָיוֹת וּשְׁפִיכוּת דָּמִים. כְּתִיב הָכָא ״לָשׁוֹן מְדַבֶּרֶת גְּדוֹלוֹת״, וּכְתִיב בַּעֲבוֹדָה זָרָה ״אָנָּא חָטָא הָעָם הַזֶּה חֲטָאָה גְדֹלָה״.
L’école de Rabbi Yishmaël a enseigné : Quiconque tient des propos malveillants augmente ses péchés au point qu’ils correspondent aux trois grandes transgressions : l’idolâtrie, les relations sexuelles interdites et l’effusion de sang. Cela peut être déduit par une analogie verbale fondée sur le mot « grand ». Il est écrit ici : « Que le Seigneur retranche toutes les lèvres flatteuses, la langue qui profère de grandes choses” (Psaumes 12:4). Et il est écrit au sujet de l’idolâtrie : « Et Moïse retourna vers le Seigneur et dit : Ah, ce peuple a commis un grand péché, et ils se sont fait un dieu d’or » (Exode 32:31).
בְּגִילּוּי עֲרָיוֹת כְּתִיב: ״וְאֵיךְ אֶעֱשֶׂה הָרָעָה הַגְּדֹלָה הַזֹּאת״, בִּשְׁפִיכוּת דָּמִים כְּתִיב: ״גָּדוֹל עֲוֹנִי מִנְּשֹׂא״.
En ce qui concerne les relations sexuelles interdites, il est écrit dans la Torah que, lorsque la femme de Potiphar tenta de séduire Joseph, il répondit : « Comment pourrais-je commettre cette grande méchanceté et pécher contre Dieu ? » (Genèse 39:9). En ce qui concerne l’effusion de sang, il est écrit qu’après que Caïn eut assassiné son frère : « Et Caïn dit au Seigneur : Mon châtiment est plus grand que je ne puis le supporter » (Genèse 4:13). La Torah décrit chacun de ces trois péchés capitaux avec le mot « grand » au singulier, tandis que la parole malveillante est décrite par l’expression au pluriel « grandes choses », ce qui indique qu’elle équivaut aux trois autres transgressions réunies.
״גְּדוֹלוֹת״ אֵימָא תַּרְתֵּי! הֵי מִינַּיְיהוּ מַפְּקָא?
La Guemara demande : Certes, en ce qui concerne la parole malveillante, le verset emploie le pluriel : « Grandes choses », mais le pluriel indique un minimum de deux. Si tel est le cas, on peut seulement dire que la parole malveillante est équivalente à deux des transgressions cardinales. La Guemara répond : Laquelle d’entre elles pourrait être exclue comme étant moins grave que les deux autres ? Toutes les trois sont égales. Par conséquent, la parole malveillante doit être équivalente aux trois.
בְּמַעְרְבָא אָמְרִי: לָשׁוֹן תְּלִיתַאי קָטֵיל תְּלִיתַאי, הוֹרֵג לַמְסַפְּרוֹ, וְלַמְקַבְּלוֹ, וְלָאוֹמְרִין עָלָיו.
En Occident, Eretz Yisrael, on dit : la troisième parole, c’est-à-dire la parole malveillante au sujet d’un tiers, tue trois personnes. Elle tue celui qui prononce une parole malveillante, et celui qui l’accepte lorsqu’il l’entend, et celui au sujet de qui cette parole malveillante est dite.
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: מַאי דִּכְתִיב ״מָוֶת וְחַיִּים בְּיַד לָשׁוֹן״, וְכִי יֵשׁ יָד לַלָּשׁוֹן? לוֹמַר לָךְ: מָה יָד מְמִיתָה — אַף לָשׁוֹן מְמִיתָה. אִי מָה יָד אֵינָהּ מְמִיתָה אֶלָּא בְּסָמוּךְ לָהּ — אַף לָשׁוֹן אֵינָהּ מְמִיתָה אֶלָּא בְּסָמוּךְ לָהּ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״חֵץ שָׁחוּט לְשׁוֹנָם״.
Rabbi Ḥama, fils de Rabbi Ḥanina, dit : Que signifie ce qui est écrit : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Proverbes 18:21). La langue a-t-elle donc une main ? Au contraire, le verset vient t’enseigner que de même qu’une main peut tuer, de même la langue peut tuer. Si tu voulais prétendre que de même que la main ne tue que de près, de même la langue ne tue que de près, c’est pourquoi le verset déclare : « Leur langue est une flèche aiguisée » (Jérémie 9:7). La langue tue comme une flèche tirée d’un arc, à grande distance.
אִי מָה חֵץ עַד אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים אַמָּה, אַף לָשׁוֹן עַד אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים אַמָּה? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שַׁתּוּ בַשָּׁמַיִם פִּיהֶם וּלְשׁוֹנָם תִּהֲלַךְ בָּאָרֶץ״.
Si tu dis que, de même qu’une flèche ne peut tuer que dans la portée à laquelle elle peut être tirée, soit jusqu’à environ quarante ou cinquante coudées, de même une langue ne peut tuer qu’à une distance de quarante ou cinquante coudées au plus, alors le verset enseigne : « Ils ont placé leur bouche contre les cieux, et leur langue parcourt la terre » (Psaumes 73:9). Cela enseigne que la parole malveillante peut atteindre de grandes distances, même la distance entre le ciel et la terre.
וְכִי מֵאַחַר דִּכְתִיב ״שַׁתּוּ בַּשָּׁמַיִם פִּיהֶם״, ״חֵץ שָׁחוּט לְשׁוֹנָם״ לְמָה לִי? הָא קָמַשְׁמַע לַן, דְּקָטֵיל כְּחֵץ.
La Guemara demande : Mais puisqu’il est écrit : « Ils ont placé leur bouche contre les cieux, et leur langue parcourt la terre » (Psaumes 73:9), ce qui enseigne que la parole malveillante atteint l’espace entre le ciel et la terre, pourquoi ai-je besoin de ce que nous avons dérivé du verset : « Leur langue est une flèche aiguisée » (Jérémie 9:7), c’est-à-dire qu’une langue peut tuer à la distance qu’une flèche parcourt ? La Guemara répond : Cela nous enseigne que une langue tue de la même manière qu’une flèche tue.
וְכִי מֵאַחַר דִּכְתִיב ״חֵץ שָׁחוּט לְשׁוֹנָם״, ״מָוֶת וְחַיִּים בְּיַד לָשׁוֹן״ לְמָה לִי? לְכִדְרָבָא, דְּאָמַר רָבָא: דְּבָעֵי חַיִּים — בְּלִישָּׁנֵיהּ, דְּבָעֵי מִיתָה — בְּלִישָּׁנֵיהּ.
La Guemara demande en outre : Mais puisqu’il est écrit : « Leur langue est une flèche aiguisée » (Jérémie 9:7), pourquoi ai-je besoin du verset : « La mort et la vie sont au pouvoir de la langue » (Proverbes 18:21), qui enseigne simplement qu’une langue peut tuer ? La Guemara répond : Ce verset est nécessaire pour un enseignement de Rava, car Rava dit : Celui qui veut la vie peut l’atteindre par le moyen de sa langue, qu’il peut utiliser pour parler de manière appropriée et pour étudier la Torah. Celui qui veut la mort peut aussi l’atteindre par le moyen de sa langue, en l’utilisant pour une parole inappropriée et malveillante.
הֵיכִי דָּמֵי לִישָּׁנָא בִּישָׁא? רָבָא אָמַר: כְּגוֹן דְּאָמַר ״אִיכָּא נוּרָא בֵּי פְלָנְיָא״. אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: מַאי קָא עָבֵיד? גַּלּוֹיֵי מִילְּתָא בְּעָלְמָא הוּא! אֶלָּא דְּמַפֵּיק בְּלִישָּׁנָא בִּישָׁא, דְּאָמַר: ״הֵיכָא מִשְׁתְּכַח נוּרָא אֶלָּא בֵּי פְלָנְיָא״.
La Guemara demande : Qu’est-ce qui est considéré comme une parole malveillante ? En d’autres termes, comment la parole malveillante est-elle définie et quelles sont les limites de l’interdiction ? Rava a dit : Par exemple, si quelqu’un dit : Il y a toujours du feu chez untel, indiquant qu’on y cuisine toujours de la nourriture. Abaye dit à Rava : Qu’a fait cette personne de mal en disant qu’il y a toujours du feu dans cette maison ? Sa déclaration ne fait que révéler les faits véritables, et ce n’est pas une parole malveillante. Au contraire, cela est considéré comme une parole malveillante s’il l’a exprimé d’une manière diffamatoire. Par exemple, s’il dit : Où peut-on trouver du feu sinon chez untel, parce qu’on y cuisine toujours de la nourriture.
אָמַר רַבָּה: כֹּל מִילְּתָא דְּמִיתְאַמְרָא בְּאַפֵּי מָרַהּ, לֵית בַּהּ מִשּׁוּם לִישָּׁנָא בִּישָׁא. אֲמַר לֵיהּ: כׇּל שֶׁכֵּן חוּצְפָּא וְלִישָּׁנָא בִּישָׁא! אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּרַבִּי יוֹסֵי סְבִירָא לִי, דְּאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מִיָּמַי לֹא אָמַרְתִּי דָּבָר וְחָזַרְתִּי לַאֲחוֹרַי. אָמַר
Rabba dit : Toute déclaration qui est dite en présence de son maître, c’est-à-dire si le sujet de la déclaration était présent, n’est soumise à aucune interdiction pour parole malveillante. Abaye lui dit : À plus forte raison c’est une parole proscrite, car c’est à la fois de l’insolence et de la parole malveillante. Rabba dit à Abaye : Je tiens conformément à l’opinion de Rabbi Yossei, car Rabbi Yossei dit : De tous mes jours, je n’ai jamais dit quelque chose puis me suis retourné pour voir si la personne dont je parlais se tenait derrière moi à écouter, car je le dirais même à la personne concernée elle-même. Il dit,