קָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב יֵיבָא סָבָא. אֲמַרוּ לֵיהּ: הַב לַן וְנִיבָרֵיךְ. לְסוֹף אֲמַרוּ לֵיהּ: הַב לַן וְנִישְׁתֵּי, אֲמַר לְהוּ: הָכִי אָמַר רַב, כֵּיוָן דְּאָמְרִיתוּ הַב לַן וְנִיבָרֵיךְ, אִיתַּסְרָא לְכוּ לְמִישְׁתֵּי. מַאי טַעְמָא, דְּאַסְחִיתוּ דַּעְתַּיְיכוּ.
et Rav Yeiva l’Ancien se tenait debout auprès d’eux pour les servir. Ils lui dirent : Donne-nous une coupe de vin et nous réciterons les bénédictions du Birkat Hamazon. Finalement, ils changèrent d’avis et lui dirent : Donne-nous une coupe de vin et nous la boirons. Il leur dit que Rav a dit ce qui suit : Puisque vous avez dit : Donne-nous une coupe et nous réciterons les bénédictions du Birkat Hamazon, il vous est interdit de boire davantage. Quelle en est la raison ? La raison est que vous avez détourné votre attention de la boisson. Par conséquent, si vous voulez boire encore, vous devez réciter de nouveau la bénédiction sur le vin.
אַמֵּימָר וּמָר זוּטְרָא וְרַב אָשֵׁי הֲווֹ יָתְבִי בִּסְעוּדָה, וְקָאֵי עֲלַיְיהוּ רַב אַחָא בְּרֵיהּ דְּרָבָא. אַמֵּימָר בָּרֵיךְ עַל כׇּל כָּסָא וְכָסָא, וּמָר זוּטְרָא בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא וְאַכָּסָא בָּתְרָא, רַב אָשֵׁי בָּרֵיךְ אַכָּסָא קַמָּא, וְתוּ לָא בָּרֵיךְ.
La Guemara rapporte que Ameimar, Mar Zutra et Rav Ashi étaient assis à un repas, et Rav Aḥa, fils de Rava, se tenait debout auprès d’eux pour les servir. Ameimar récita une bénédiction sur chaque coupe de vin qu’il but. Et Mar Zutra récita une bénédiction sur la première coupe qu’il but pendant le repas et sur la dernière coupe qu’il but, en concluant les Grâces après le repas. Rav Ashi récita une bénédiction sur la première coupe et ne récita pas d’autres bénédictions sur les coupes suivantes qu’il but.
אֲמַר לְהוּ רַב אַחָא בַּר רָבָא: אֲנַן כְּמַאן נַעֲבֵיד? אַמֵּימָר אָמַר: נִמְלָךְ אֲנָא. מָר זוּטְרָא אָמַר: אֲנָא דַּעֲבַדִי כְּתַלְמִידֵי דְרַב.
Rav Aḥa bar Rava leur dit : Selon l’opinion de qui devons-nous agir dans cette affaire ? Nous avons été témoins de trois conduites différentes. Ameimar dit : J’ai à plusieurs reprises changé d’avis. En d’autres termes, la raison pour laquelle Ameimar récitait une bénédiction sur chaque coupe n’était pas qu’il soutenait qu’il est toujours nécessaire de le faire. Au contraire, il buvait chaque coupe avec l’intention qu’elle soit sa dernière. Par conséquent, il détournait chaque fois son attention du fait de boire, et il devait donc réciter une nouvelle bénédiction avant de pouvoir boire à nouveau. Mar Zutra dit : J’ai agi conformément à l’opinion des élèves de Rav. Ils soutiennent que celui qui se prépare à réciter la Grâce après le repas a complètement détourné son attention du fait de boire, et par conséquent, la bénédiction sur le vin que l’on récite pendant le repas n’inclut pas le vin qu’il boit après la Grâce après le repas.
וְרַב אָשֵׁי אָמַר: לֵית הִילְכְתָא כְּתַלְמִידֵי דְרַב, דְּהָא יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת, וְאָמַר רַב: יַקְנֶ״ה.
Et Rav Ashi dit : La halakha n’est pas conforme à l’opinion des élèves de Rav. Cela peut être prouvé par une décision de Rav lui-même, car en ce qui concerne une fête qui tombe après le Chabbat, Rav a dit que l’ordre des bénédictions est yod, kuf, nun, heh : Vin [yayin], kiddush, bougie [ner] et havdala. Cela montre que, bien que l’on récite le kiddush entre la bénédiction sur le vin et la havdala, il n’est pas nécessaire de réciter à nouveau la bénédiction sur le vin avant la havdala. Il devrait en être de même dans notre cas : de même que le kiddush n’est pas considéré comme une interruption entre la bénédiction sur le vin et sa consommation, la Grâce après les repas ne devrait pas non plus être considérée comme une interruption.
וְלָא הִיא, הָתָם — עָקַר דַּעְתֵּיהּ מִמִּשְׁתְּיָא, הָכָא — לָא עָקַר דַּעְתֵּיהּ מִמִּשְׁתְּיָא.
La Guemara rejette ce raisonnement : Et ce n’est pas le cas. Là-bas, lorsqu’une personne se prépare à réciter la Grâce après les repas, elle a déjà détourné son esprit de la boisson. Ici, en ce qui concerne le kiddush et la havdala, elle n’a pas détourné son esprit de la boisson.
כִּי מְטָא לְאַבְדּוֹלֵי, קָם שַׁמָּעֵיהּ וְאַדְלֵיק אֲבוּקָה מִשְּׁרָגָא. אֲמַר לֵיהּ: לְמָה לָךְ כּוּלֵּי הַאי, הָא מַנְחָא שְׁרָגָא! אֲמַר לֵיהּ: שַׁמָּעָא מִדַּעְתֵּיהּ דְּנַפְשֵׁיהּ קָא עָבֵיד. אֲמַר לֵיהּ: אִי לָא שְׁמִיעַ לֵיהּ מִינֵּיהּ דְּמָר, לָא הֲוָה עָבֵיד! אֲמַר לֵיהּ: לָא סָבַר לֵיהּ מָר אֲבוּקָה לְהַבְדָּלָה מִצְוָה מִן הַמּוּבְחָר.
Après avoir discuté de l’opinion des élèves de Rav, la Guemara revient à l’histoire de la visite de Rav Ya’akov bar Abba chez Rava. Lorsque le moment de réciter la havdala arriva, le serviteur de Rava se leva et alluma une torche à partir d’une bougie. Rav Ya’akov bar Abba lui dit : Pourquoi as-tu besoin de tout cela ? La bougie était là, et tu aurais pu réciter la bénédiction sur la lumière de la bougie elle-même. Rava lui dit : Le serviteur a fait cela de sa propre initiative, sans me consulter. Rav Ya’akov bar Abba lui dit : S’il ne l’avait pas entendu du Maître, il ne l’aurait pas fait de sa propre initiative ; il devait suivre ton opinion sur cette question. Rava lui dit : Le Maître ne soutient-il pas que l’usage d’une torche pour la havdala est la manière optimale d’accomplir la mitsva ? C’est pour cette raison que le serviteur alluma une torche pour la havdala.
פָּתַח וְאָמַר: ״הַמַּבְדִּיל בֵּין קוֹדֶשׁ לְחוֹל בֵּין אוֹר לְחֹשֶׁךְ בֵּין יִשְׂרָאֵל לָעַמִּים בֵּין יוֹם הַשְּׁבִיעִי לְשֵׁשֶׁת יְמֵי הַמַּעֲשֶׂה״ אֲמַר לֵיהּ: לְמָה לָךְ כּוּלֵּי הַאי? וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: ״הַמַּבְדִּיל בֵּין קוֹדֶשׁ לְחוֹל״ זוֹ הִיא הַבְדָּלָתוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה הַנָּשִׂיא?
Rava commença sa récitation de la havdala et dit : Celui qui distingue entre le sacré et le profane, entre la lumière et l’obscurité, entre Israël et les nations, entre le septième jour et les six jours de travail. Rav Ya’akov bar Abba lui dit : Pourquoi as-tu besoin de tout cela ? Rav Yehouda n’a-t-il pas dit que Rav a dit au sujet de la formule : Celui qui distingue entre le sacré et le profane, que cela seul est la havdala de Rabbi Yehouda HaNassi ? Pourquoi cette simple formule ne te suffit-elle pas ?
אֲמַר לֵיהּ: אֲנָא כְּהָא סְבִירָא לִי, דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: הַפּוֹחֵת לֹא יִפְחוֹת מִשָּׁלֹשׁ, וְהַמּוֹסִיף לֹא יוֹסִיף עַל שֶׁבַע. אֲמַר לֵיהּ:
Il lui dit : Je maintiens, conformément à cette déclaration, que Rabbi Elazar a dit que Rabbi Oshaya a dit : Celui qui diminue le nombre de distinctions dans le texte de la havdala ne doit pas les réduire à moins de trois, et celui qui augmente le nombre de distinctions ne doit pas les augmenter à plus de sept. Rav Ya’akov bar Abba lui dit :