תָּא שְׁמַע, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: יֵשׁ נוֹתָר שֶׁמּוֹעֲלִין בּוֹ, וְיֵשׁ נוֹתָר שֶׁאֵין מוֹעֲלִין בּוֹ.
La Guemara cite une autre source qui pourrait résoudre la question : Viens et écoute une baraita qui peut fournir une preuve quant au sens de la déclaration de Rabbi Yehoshua au sujet d’une période d’aptitude pour les prêtres : Rabbi Shimon dit qu’il y a un cas de notar, lorsque le sang est resté toute la nuit et est devenu impropre, où l’on est passible de mauvaise utilisation de la viande de l’offrande, et il y a aussi un cas de notar où l’on n’est pas passible de mauvaise utilisation de celle-ci.
כֵּיצַד? לָן לִפְנֵי זְרִיקָה – מוֹעֲלִין, לְאַחַר זְרִיקָה – אֵין מוֹעֲלִין.
La baraita explique : Comment cela ? Si le sang a été laissé et que quelqu’un a consommé la viande avant l’aspersion du sang, il est passible de mauvaise utilisation d’un bien consacré. Mais si elle a été consommée après l’aspersion du sang, il n’est pas passible de mauvaise utilisation d’un bien consacré, car l’aspersion soustrait la viande au fait d’être soumise aux halakhot de mauvaise utilisation.
קָתָנֵי מִיהַת: מוֹעֲלִין בּוֹ, לָאו דַּהֲוָה שְׁהוּת לְמִיזְרְקֵיהּ, דְּאִי בָּעֵי – זָרֵיק,
La Guemara note : En tout état de cause, Rabbi Shimon enseigne que si quelqu’un consomme la viande avant que le sang restant ait été aspergé, il est passible pour usage indu de celle-ci. Cela ne renvoie-t-il pas à un cas où il restait du temps dans la journée pour asperger le sang qui avait déjà été recueilli dans le récipient de service et, par conséquent, s’il l’avait voulu, il aurait pu asperger le sang ? Néanmoins, l’offrande reste soumise aux halakhot de l’usage indu. Cela indique que le simple fait de recueillir le sang dans le récipient de service, sans l’asperger effectivement, ne soustrait pas l’offrande à l’application des halakhot de l’usage indu.
וּשְׁמַע מִינַּהּ: הֶיתֵּר אֲכִילָה שָׁנִינוּ!
Et, en conséquence, on peut conclure de la baraita que c’est l’aptitude à la consommation de la viande de l’offrande que nous avons apprise dans la déclaration de Rabbi Yehoshua dans la michna. C’est l’aptitude à la consommation de la viande de l’offrande qui écarte la possibilité d’être passible de l’interdit de mauvais usage, et non l’aptitude à l’aspersion.
לָא, דְּקַבְּלֵיהּ סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה, דְּלֹא הָיָה שְׁהוּת לְמִזְרַק.
La Guemara réfute cette conclusion : Non, la baraita ne fait pas référence à un cas où il restait encore du temps dans la journée pour asperger le sang qui avait déjà été recueilli. Elle fait plutôt référence à une situation où le prêtre a recueilli le sang peu avant le coucher du soleil, alors qu’il ne restait plus de temps dans la journée pour asperger le sang tant qu’il faisait encore jour. Puisqu’il n’était pas possible d’asperger le sang, l’offrande reste soumise à l’interdiction d’usage abusif. Mais s’il y avait eu le temps d’asperger le sang, alors ce sang aurait été considéré comme prêt à être aspergé, et l’offrande ne serait plus soumise à l’interdiction d’usage abusif, conformément à l’opinion selon laquelle le critère est l’aptitude du sang à être aspergé.
אֲבָל הָיָה שְׁהוּת, מַאי? הָכִי נָמֵי דְּאֵין מוֹעֲלִין?
La Guemara soulève une difficulté : Mais dans ce cas, quelle est la halakha dans une situation où il y avait le temps pendant la journée pour asperger le sang ? Selon l’affirmation ci-dessus, de même la halakha est qu’il n’est pas passible pour l’usage abusif de l’offrande.
מַאי אִירְיָא דְּתָנֵי ״לִפְנֵי זְרִיקָה״, לִיתְנֵי ״קוֹדֶם שְׁקִיעָה״ וּ״לְאַחַר שְׁקִיעָה״!
Si tel est le cas, pourquoi Rabbi Shimon enseigne-t-il précisément cette distinction entre un cas avant l’aspersion, lorsque l’offrande est encore soumise aux halakhot de l’usage abusif, et après l’aspersion, lorsque l’offrande n’est plus soumise à l’usage abusif ? Que Rabbi Shimon enseigne plutôt une distinction plus précise, entre une situation où le sang a été recueilli avant le coucher du soleil et où il y avait le temps de l’asperger mais où il a été laissé toute la nuit, auquel cas l’offrande n’est pas soumise à l’interdiction d’usage abusif, et une situation où le sang a été recueilli après le coucher du soleil, auquel cas elle est encore soumise à l’interdiction d’usage abusif.
הָכִי נָמֵי קָתָנֵי: קוֹדֶם שֶׁיֵּרָאֶה לִזְרִיקָה, וּלְאַחַר שֶׁיֵּרָאֶה לִזְרִיקָה.
La Guemara répond que c’est effectivement ce que voulait dire Rabbi Shimon, car il a en fait enseigné : Avant qu’elle ne soit apte à l’aspersion, l’offrande reste soumise à l’interdiction d’usage abusif, mais après qu’elle a été apte à l’aspersion, elle n’est plus soumise à l’interdiction d’usage abusif.
תָּא שְׁמַע, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: יֵשׁ פִּיגּוּל שֶׁמּוֹעֲלִין בּוֹ, וְיֵשׁ פִּיגּוּל שֶׁאֵין מוֹעֲלִין בּוֹ.
La Guemara propose une autre preuve tirée d’une baraita similaire. Viens et écoute : Rabbi Shimon dit qu’il y a un cas d’une offrande du degré le plus sacré qui a été sacrifiée avec une intention de piggul dans lequel on est passible pour son usage abusif, et il y a aussi un cas d’intention de piggul dans lequel on n’est pas passible pour son usage abusif.
כֵּיצַד? לִפְנֵי זְרִיקָה – מוֹעֲלִין, לְאַחַר זְרִיקָה – אֵין מוֹעֲלִין.
La baraita précise : Comment cela? Si quelqu’un a consommé la viande avant l’aspersion du sang, il est passible de mauvaise utilisation d’un bien consacré. S’il l’a consommée après l’aspersion du sang, il n’est pas passible de mauvaise utilisation d’un bien consacré, car l’aspersion a levé l’interdiction de mauvaise utilisation.
קָתָנֵי מִיהַת: לִפְנֵי זְרִיקָה – מוֹעֲלִין בּוֹ, לָאו דַּהֲוָה שְׁהוּת לְמִיזְרְקֵיהּ, דְּאִי בָּעֵי – זָרֵיק, וְקָתָנֵי ״מוֹעֲלִין בּוֹ״, וּשְׁמַע מִינַּהּ: הֶיתֵּר אֲכִילָה שָׁנִינוּ!
En tout état de cause, Rabbi Shimon enseigne que si quelqu’un consomme la viande d’une offrande qui a été rendue piggulavant que le sang ne soit aspergé, il est passible pour usage abusif de celle-ci. Cela ne renvoie-t-il pas à un cas où il restait du temps dans la journée pour asperger le sang qui avait déjà été recueilli dans le récipient de service et, par conséquent, s’il l’avait voulu, il aurait pu asperger le sang ? Et pourtant, Rabbi Shimon enseigne que l’on est passible pour usage abusif de celle-ci. Une fois encore, cela indiquerait que le simple fait de recueillir le sang dans le récipient de service, sans aspersion, n’écarte pas la possibilité de l’interdiction d’usage abusif. Et en conséquence, on peut conclure de la baraita que c’est l’aptitude à consommer la viande de l’offrande que nous avons apprise dans la déclaration de Rabbi Yehoshua dans la michna.
לָא, דְּלָא הֲוָה שְׁהוּת לְמִיזְרְקֵיהּ. אֲבָל הֲוָה שְׁהוּת לְמִיזְרְקֵיהּ, מַאי? הָכִי נָמֵי דִּנְפַק מִידֵי מְעִילָה?
La Guemara réfute cette conclusion : Non, la baraita traite d’une situation où le prêtre a recueilli le sang peu avant le coucher du soleil, alors qu’il n’y avait pas le temps d’asperger le sang tant qu’il faisait encore jour. Puisqu’il n’était pas possible d’asperger le sang, l’offrande reste soumise à l’interdiction d’usage abusif. La Guemara soulève une difficulté : Mais si tel est le cas, quelle est la halakha dans un cas où il y avait le temps pendant la journée d’asperger le sang ? Selon l’affirmation ci-dessus, l’offrande est effectivement soustraite à l’application des halakhot de l’usage abusif.
מַאי אִירְיָא דְּתָנֵי ״לְאַחַר זְרִיקָה״, לִיתְנֵי ״קוֹדֶם שְׁקִיעָה״ וּ״לְאַחַר שְׁקִיעַת הַחַמָּה״!
Si tel est le cas, pourquoi Rabbi Shimon enseigne-t-il précisément cette distinction entre après l’aspersion, lorsque l’offrande n’est plus soumise aux halakhot de l’usage abusif, et avant l’aspersion, lorsque l’offrande reste soumise à l’usage abusif ? Que Rabbi Shimon enseigne plutôt une distinction plus précise, entre une situation où le sang a été recueilli avant le coucher du soleil et où il y avait le temps de l’asperger mais où il a été laissé toute la nuit, auquel cas l’offrande n’est pas soumise à l’interdiction d’usage abusif, et une situation où le sang a été recueilli après le coucher du soleil, auquel cas elle reste soumise à l’interdiction d’usage abusif.
הָכִי נָמֵי קָאָמַר: קוֹדֶם שֶׁיֵּרָאֶה לִזְרִיקָה, לְאַחַר שֶׁיֵּרָאֶה לִזְרִיקָה.
La Guemara répond que c’est bien ce que dit Rabbi Shimon : Avant que l’offrande ne soit apte à l’aspersion, elle reste soumise à l’interdiction d’usage impropre, mais après qu’elle a été apte à l’aspersion, elle n’est plus soumise à l’interdiction d’usage impropre.
תָּא שְׁמַע: הַפִּיגּוּל בְּקׇדְשֵׁי קָדָשִׁים – מוֹעֲלִין. מַאי לָאו דְּזָרַק, וּשְׁמַע מִינַּהּ: הֶיתֵּר אֲכִילָה שָׁנִינוּ! לָא, דְּלֹא זָרַק.
§ La Guemara propose une autre preuve. Viens et écoute : Une offrande de l’ordre le plus sacré qui est piggul est soumise aux halakhot de mésusage. La Guemara analyse cette affirmation : Quoi, cette baraitane fait-elle pas référence à un cas où le prêtre a déjà aspergé son sang ? Cela indiquerait qu’une offrande valide, contrairement à une offrande piggul, n’est plus soumise à l’interdiction de mésusage qu’une fois le sang aspergé. Et si tel est le cas, on peut conclure de la baraita que c’est l’aptitude à consommer la viande de l’offrande que nous avons apprise dans la déclaration de Rabbi Yehoshua dans la michna, c’est-à-dire que cette aptitude à consommer la viande de l’offrande supprime l’interdiction de mésusage. La Guemara rejette cette suggestion : Non, on ne peut pas citer de preuve tirée de cette baraita, car il est possible que la baraita fasse référence à un cas où le prêtre n’a pas encore aspergé le sang.
אֲבָל זָרַק מַאי? הָכִי נָמֵי דְּאֵין מוֹעֲלִין בּוֹ? מַאי אִירְיָא דְּתָנֵי בְּקָדָשִׁים קַלִּים אֵין מוֹעֲלִין בּוֹ,
La Guemara demande : Mais si c’est le cas, quelle, alors, est la halakha dans un cas où le prêtre a aspergé le sang ? La halakha est-elle effectivement que l’on n’est plus passible pour en avoir fait un usage impropre ? Si tel est le cas, pourquoi la dernière clause de la baraita enseigne-t-elle spécifiquement : Contrairement à une offrande du degré de sainteté le plus élevé, dans le cas des portions sacrificielles d’une offrande de moindre sainteté, on n’est pas passible pour en avoir fait un usage impropre ?
לִיתְנֵי: כָּאן – לִפְנֵי זְרִיקָה, כָּאן – לְאַחַר זְרִיקָה!
Que la baraita enseigne plutôt une distinction au sein même de la catégorie des offrandes du degré de sainteté le plus élevé : Ici, l’offrande est soumise à l’interdiction d’usage abusif parce qu’elle est avant la aspersion du sang, et là, l’offrande n’est pas soumise à l’interdiction d’usage abusif parce qu’elle est après la aspersion du sang.
הָא אָתְיָא לְאַשְׁמוֹעִינַן: כֹּל לְאֵיתוֹיֵי לִידֵי מְעִילָה, זְרִיקָה כְּתִיקְנָהּ מַיְיתֵי לִידֵי מְעִילָה.
La Guemara répond : La baraita aurait pu enseigner cette distinction, mais elle a choisi d’énoncer une distinction entre les offrandes du degré le plus sacré et les offrandes de moindre sainteté parce qu’elle vient nous enseigner ce principe suivant : Dans tout cas où le résultat de l’aspersion fait entrer l’offrande dans la catégorie des halakhot de mauvais usage, par exemple les portions sacrificielles des offrandes de moindre sainteté, auxquelles les halakhot de mauvais usage ne s’appliquent qu’après l’aspersion du sang, seule l’aspersion du sang effectuée correctement fait entrer l’offrande dans les halakhot de mauvais usage.
כֹּל לְאַפּוֹקֵי מִידֵי מְעִילָה, אֲפִילּוּ שֶׁלֹּא כְּתִיקְנָהּ נָמֵי מַפְקַע מִידֵי מְעִילָה.
En revanche, dans toute situation où le résultat de l’aspersion est de retirer l’offrande des halakhot de mauvais usage, par exemple la viande d’une offrande de l’ordre le plus sacré, qui était soumise aux halakhot de mauvais usage même avant que le sang ne soit aspergé, même l’aspersion du sang de manière impropre retire l’offrande des halakhot de mauvais usage. Cette décision n’est pas conforme à l’opinion de Rav Giddel.