הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא: חוֹתָמוֹת שֶׁבַּקַּרְקַע — מַתִּיר, אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ, אֶחָד שַׁבָּת וְאֶחָד יוֹם טוֹב. וְשֶׁבַּכְּלִי — בְּשַׁבָּת מַתִּיר, אֲבָל לֹא מַפְקִיעַ וְלֹא חוֹתֵךְ, בְּיוֹם טוֹב — מַתִּיר וּמַפְקִיעַ וְחוֹתֵךְ.
La Guemara répond : C’était lui, Shmuel, qui parlait conformément à l’opinion de ce tanna, comme cela est enseigné dans une baraita : En ce qui concerne les attaches fixées au sol, par exemple celles des portes, on peut les défaire, mais non les démêler ni les couper, aussi bien pendant Shabbat que pendant une fête. Et en ce qui concerne celles d’un ustensile, pendant Shabbat on peut les défaire, mais on ne peut ni les démêler ni les couper ; pendant une fête on peut les défaire, les démêler ou les couper.
תָּרֵצְתְּ לָךְ רֵישָׁא, אֶלָּא סֵיפָא קַשְׁיָא!
La Guemara soulève encore une difficulté : Par cela, tu as effectivement répondu à la première clause de la déclaration de Shmuel, concernant les attaches fixées au sol, par exemple celles des portes, en trouvant un tanna qui permet de les défaire, comme le fait Shmuel. Cependant, la dernière clause est difficile, car la baraita affirme qu’on ne peut pas défaire même les cordes des ustensiles pendant Chabbat, tandis que Shmuel permet de défaire dans tous les cas.
הָא מַנִּי — רַבִּי נְחֶמְיָה הִיא, דְּאָמַר: כׇּל הַכֵּלִים אֵין נִיטָּלִין אֶלָּא דֶּרֶךְ תַּשְׁמִישָׁן.
La Guemara répond : Selon l’opinion de qui est cette baraita ? C’est conformément à l’opinion de Rabbi Neḥemya, dont l’opinion est minoritaire, comme il l’a dit : Tous les ustensiles ne peuvent être manipulés que selon leur usage désigné. Par conséquent, la corde ne peut pas être coupée, non parce qu’il est interdit de la défaire, mais parce qu’on ne peut pas manipuler un couteau à cette fin, puisque l’usage désigné du couteau est de couper de la nourriture et non une corde.
אִי רַבִּי נְחֶמְיָה, מַאי אִירְיָא שַׁבָּת? אֲפִילּוּ יוֹם טוֹב נָמֵי! וְכִי תֵּימָא שַׁנְיָא לֵיהּ לְרַבִּי נְחֶמְיָה בֵּין שְׁבוּת שַׁבָּת לִשְׁבוּת יוֹם טוֹב, וּמִי שַׁנְיָא לֵיהּ?
La Guemara objecte : Si cela est conforme à l’opinion de Rabbi Neḥemya, pourquoi discuter particulièrement du Chabbat ? La même halakha devrait s’appliquer même lors d’une fête, car il n’y a pas de distinction entre le Chabbat et les fêtes en ce qui concerne les halakhot du déplacement d’objets. Et si vous dites qu’il y a une distinction selon Rabbi Neḥemya entre un décret rabbinique du Chabbat, lorsqu’un ustensile ne peut être déplacé que pour son usage désigné, et un décret rabbinique d’une fête, lorsqu’il ne peut être déplacé pour aucun usage, il y a une difficulté. Fait-il une distinction entre eux de cette manière ?
וְהָתָנֵי חֲדָא: מַסִּיקִין בְּכֵלִים וְאֵין מַסִּיקִין בְּשִׁבְרֵי כֵלִים, וְתַנְיָא אִידַּךְ: מַסִּיקִין בֵּין בְּכֵלִים בֵּין בְּשִׁבְרֵי כֵּלִים, וְתַנְיָא אִידַּךְ: אֵין מַסִּיקִין לֹא בְּכֵלִים וְלֹא בְּשִׁבְרֵי כֵלִים.
Mais n’est-il pas enseigné dans une baraita : Lors d’une fête, on peut allumer un feu avec des ustensiles, mais on ne peut pas allumer un feu avec des tessons d’ustensiles, car ils sont muktze ? Et il est enseigné dans une autre baraita : On peut allumer un feu aussi bien avec des ustensiles qu’avec des tessons d’ustensiles. Et il est enseigné dans une autre encore baraita : On ne peut allumer un feu ni avec des ustensiles ni avec des tessons d’ustensiles.
וּמְשַׁנֵּי, לָא קַשְׁיָא: הָא רַבִּי יְהוּדָה, הָא רַבִּי שִׁמְעוֹן, הָא רַבִּי נְחֶמְיָה!
Et cette contradiction entre les baraitot est résolue de la manière suivante : il n’y a pas de difficulté ; cette première baraita est conforme à l’opinion de Rabbi Yehuda, qui accepte la loi du muktze. On peut donc allumer un feu avec des ustensiles, car ils ne sont pas muktze, mais non avec des tessons d’ustensiles, car ils sont muktze et ne peuvent pas être manipulés. Cette seconde baraita est conforme à l’opinion de Rabbi Shimon, qui n’accepte pas la loi du muktze. Selon lui, on peut également utiliser des tessons d’ustensiles. Celle qui interdit d’utiliser même des ustensiles intacts est conforme à l’opinion de Rabbi Neḥemya, qui permet d’utiliser les ustensiles uniquement pour leur usage désigné. Cela indique que Rabbi Neḥemya interdit de manipuler même des ustensiles entiers pendant les fêtes également.
תְּרֵי תַנָּאֵי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי נְחֶמְיָה.
La Guemara répond : Ce sont deux tanna’im qui soutiennent tous deux conformément à l’opinion de Rabbi Neḥemya. Deux tanna’im ultérieurs étaient en désaccord l’un avec l’autre dans la transmission de l’opinion de Rabbi Neḥemya. Tous deux conviennent qu’on ne peut utiliser les ustensiles que pour leur usage désigné, mais ils sont en désaccord quant à savoir si cette halakha s’applique seulement au Chabbat ou aussi aux Fêtes.
מַתְנִי׳ אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא עוֹשֶׂה כֶּלִי, וְאֵין עוֹשִׂין פֶּחָמִין בְּיוֹם טוֹב, וְאֵין חוֹתְכִין אֶת הַפְּתִילָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: חוֹתְכָהּ בָּאוּר.
MISHNA : Lors d’une fête, on ne peut pas creuser un morceau d’argile pour former une lampe dans laquelle il mettra de l’huile et une mèche, car il crée ainsi un ustensile. Et, de même, on ne peut pas produire du charbon du tout lors d’une fête, car ce n’est pas un travail pour la subsistance. Et, de même, on ne peut pas couper la mèche, car cela est considéré comme réparer un ustensile. Rabbi Yehouda dit : Si l’on a besoin d’une mèche d’une longueur particulière, on peut la couper en la brûlant dans le feu, mais non en la coupant avec un couteau.
גְּמָ׳ מַאן תְּנָא דִּפְחִיתַת נֵר מָנָא הוּא? אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי מֵאִיר הִיא. דְּתַנְיָא: כְּלִי חֶרֶס, מֵאֵימָתַי מְקַבֵּל טוּמְאָה — מִשֶּׁנִּגְמְרָה מְלַאכְתּוֹ, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִשֶּׁיִּצְרְפוֹ בַּכִּבְשָׁן.
GUEMARA :Qui est le tanna qui a enseigné que creuser une lampe est considéré comme la fabrication d’un ustensile, même si elle n’est pas cuite dans un four ? Rav Yossef a dit : C’est Rabbi Meir, comme cela est enseigné dans une baraita au sujet des halakhot de l’impureté rituelle : À partir de quand un ustensile en terre cuite est-il susceptible de contracter l’impureté rituelle ? C’est à partir du moment où son travail est achevé, c’est-à-dire lorsque l’argile a été façonnée en forme d’ustensile ; telle est l’opinion de Rabbi Meir. Rabbi Yehoshua dit : C’est à partir du moment où l’ustensile est cuit dans le four.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: מִמַּאי? דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי מֵאִיר הָתָם אֶלָּא דַּחֲזֵי לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ מִידֵּי, אֲבָל הָכָא לְמַאי חֲזִי? לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי.
Abaye lui dit : D’où conclus-tu qu’il s’agit du même avis ? Peut-être que Rabbi Meir a énoncé son avis seulement là-bas, au sujet des ustensiles, puisqu’ils sont aptes à contenir quelque chose. Bien qu’ils ne puissent pas contenir de liquides avant d’être cuits dans un four, ils peuvent contenir d’autres objets. Mais ici, à quel usage cette lampe est-elle apte ? La Guemara répond : Elle peut être utilisée pour contenir de petites pièces.
אִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַב יוֹסֵף: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק הִיא, דִּתְנַן: אִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת — טְהוֹרוֹת בְּאֹהֶל הַמֵּת, וּטְמֵאוֹת בְּמַשָּׂא הַזָּב.
Certains disent la version suivante de la discussion : Rav Yosef a dit : La michna est conforme à l’opinion de Rabbi Eliezer, fils de Rabbi Tzadok, comme nous l’avons appris : les marmites ḥaraniyyot [ilpasin] sont des récipients en terre cuite inachevés fabriqués avec leurs couvercles. Les couvercles sont retirés après leur cuisson dans un four. Ils sont purs en ce qui concerne la contraction de l’impureté d’une tente au-dessus d’un cadavre, car ils n’ont pas de réceptacle. Les récipients en terre cuite ne peuvent contracter l’impureté transmise par un cadavre que s’ils ont un espace creux pouvant contenir quelque chose. Mais les marmites ḥaraniyyot deviennent impures par le portage d’un zav, même si le zav les a déplacées sans les toucher réellement, car cette impureté s’applique à tous les récipients en terre cuite qui servent à un quelconque usage.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק אוֹמֵר: אַף טְהוֹרוֹת בְּמַשָּׂא הַזָּב, לְפִי שֶׁלֹּא נִגְמְרָה מְלַאכְתָּן.
Rabbi Eliezer, fils de Rabbi Tzadok, dit : Ces récipients sont même purs en ce qui concerne l’impureté transmise par le portage d’un zav, car leur fabrication n’est pas achevée ; par conséquent, ils ne sont pas entièrement formés. Cela implique que, lorsque les pots sont achevés, ils sont considérés comme des récipients à part entière, même avant d’avoir été cuits dans un four.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: דִּלְמָא עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בְּרַבִּי צָדוֹק הָתָם, אֶלָּא דַּחֲזֵי לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ מִידֵּי, אֲבָל הָכָא לְמַאי חָזֵי? לְקַבּוֹלֵי בֵּיהּ פְּשִׁיטֵי.
Abaye lui dit : Peut-être n’en est-il pas ainsi, car il est possible de dire que Rabbi Eliezer, fils de Rabbi Tzadok, a énoncé son opinion seulement là-bas, dans le cas des récipients ḥaraniyyot, puisqu’ils sont aptes à contenir quelque chose. Mais ici, dans le cas d’une lampe, à quoi est-elle apte ? La Guemara répond : Elle est apte à contenir de petites pièces.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵין פּוֹחֲתִין אֶת הַנֵּר, וְאֵין עוֹשִׂין אִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת בְּיוֹם טוֹב. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל מַתִּיר בְּאִלְפָּסִין חִרָנִיּוֹת. מַאי חִרָנִיּוֹת? אָמַר רַב יְהוּדָה: עִרָנִיּוֹת. מַאי עִרָנִיּוֹת? אָמַר אַבָּיֵי: צָעֵי חַקְלָיָיתָא.
Les Sages ont enseigné : On ne peut pas creuser une lampe, et on ne peut pas fabriquer des pots ḥaraniyyot pendant une fête. Rabban Shimon ben Gamliel permet de fabriquer des pots ḥaraniyyot. La Guemara demande : Quel est le sens de ḥaraniyyot ? Rav Yehouda a dit : Ce sont des pots d’une ville [iraniyyot]. La Guemara demande de nouveau : Quel est le sens de iraniyyot ? Abaye a dit : Cela signifie des bols de villageois qui utilisent même des récipients en argile qui n’ont pas encore été entièrement façonnés ou cuits, car ils ne sont pas exigeants quant aux ustensiles à moitié finis.
וְאֵין עוֹשִׂין פֶּחָמִין. פְּשִׁיטָא, לְמַאי חָזֵי? תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְמוֹסְרָן לְאוֹלְיָירִין לְבוֹ בַּיּוֹם.
Il est enseigné dans la michna : Et l’on ne peut pas produire du charbon pendant une fête. La Guemara objecte : Il est évident qu’on ne peut accomplir qu’un travail pour la subsistance. À quoi le charbon est-il apte ; à quelle fin sert-il pour la subsistance ? Rabbi Ḥiyya a enseigné : Il est nécessaire d’enseigner cette halakhaseulement dans le cas de remettre le charbon aux préposés du bain [olyarin] qui chauffent le bain public pour ce jour-là. On aurait pu penser que, puisque le charbon est utilisé pour se laver pendant une fête, il devrait être permis d’en produire.
וּבוֹ בַּיּוֹם מִי שְׁרֵי? כִּדְאָמַר רָבָא: לְהַזִּיעַ, וְקוֹדֶם גְּזֵרָה. הָכָא נָמֵי: לְהַזִּיעַ, וְקוֹדֶם גְּזֵרָה.
La Guemara soulève cette question : Et ce jour-là est-il permis de chauffer de l’eau pour se laver ? Les Sages ont décrété qu’on ne peut pas se laver dans un bain public pendant une fête, même si l’eau a été chauffée la veille, et il est à plus forte raison interdit si l’eau a été chauffée pendant la fête elle-même. La Guemara répond : Comme Rava l’a dit au sujet d’une autre question, ce décret ne vise pas le lavage proprement dit, mais le fait d’entrer dans un bain public simplement pour transpirer, et cela a été dit avant la promulgation du décret contre la transpiration dans un bain public. Ici aussi, on peut expliquer que la déclaration de Rabbi Ḥiyya fait référence à un cas où l’on est entré pour transpirer, et où l’on est entré à une époque antérieure à la promulgation du décret.
וְאֵין חוֹתְכִין אֶת הַפְּתִילָה לִשְׁנַיִם. מַאי שְׁנָא בְּסַכִּין דְּלָא —
Il a été enseigné dans la michna : Et l’on ne peut pas couper une mèche en deux, mais Rabbi Yehouda permet de la couper au moyen du feu. La Guemara demande : Quelle est la différence entre couper une mèche avec le feu et avec un couteau, pourquoi ne peut-on pas couper une mèche avec un couteau ?